Robert Clerget : un siècle de vie, une boussole pour le Lionisme
Par Thierry DIME
Un siècle de fidélité et de générosité
Né en 1926, Robert a grandi dans une Europe en reconstruction, où chaque pas vers l’avenir était une conquête. En 1948, alors que le Lions Club Genève recevait sa charte, première remise en Europe, Robert Clerget fêtait ses 22 ans. Il n’était pas encore membre, mais déjà, l’esprit de service et de curiosité qui allait marquer son parcours était là. Vingt-cinq ans plus tard, en 1973, il franchissait la porte du club. Depuis, il n’a jamais cessé d’y inscrire sa présence, discrète mais essentielle.
Intégrer un club service à l'âge adulte est une ambition ; y demeurer plus d'un demi-siècle en restant une source d'inspiration est un chef-d'œuvre. Tout au long de son parcours, cet humaniste a traversé les époques avec une constante : son intérêt sincère pour les autres. Qu'il s'adresse à un jeune trentenaire ou à un notable chevronné, Robert brise instantanément les barrières générationnelles. Sa parole est naturelle, accessible, et il n'hésite jamais à aborder des sujets personnels pour que chacun se sente immédiatement à l'aise, accueilli, et considéré. « Robert, c’est le prototype du membre du club. Posé, sensé, engagé, généreux, ouvert. Dans les déjeuners du mardi, il ne parle pas beaucoup, mais il écoute tout. Et quand il intervient, c’est toujours avec ce sourire pince-sans-rire qui fait mouche. Une phrase, parfois une remarque légère, mais qui remet les choses en place », confie Simon Dreyfuss. Dans les moments où le club a traversé des débats animés, il a rappelé l’essentiel : la mission sociale, la priorité donnée au collectif, et la nécessité de mettre de côté les intérêts privés. Cette sagesse, Robert l’a exercée sans jamais se poser en donneur de leçons. Il a préféré l’exemple.
Au service des valeurs du lionisme
L’une des plus belles leçons que Robert nous enseigne est celle de la transmission. Jean-Pierre Pellegrin, dont Robert fut le parrain au sein du club il y a plus de vingt ans, s'en souvient avec une vive émotion. Pour ce jeune homme de l’époque, timide et qu'il qualifie lui-même de "sauvage", l’univers du Lionisme paraissait impressionnant, presque inaccessible. Mais Robert, ami proche de son père, a su trouver les mots justes. Il a su déceler le potentiel, épauler avec bienveillance et sublimer l'héritage familial. « Sans toi, je ne vous aurais pas connus », confie Jean-Pierre. C’est cela, l’esprit de Robert : tendre la main, guider sans imposer, et enrichir la vie des autres par une présence rassurante et exemplaire.
Pour beaucoup, Robert ne fait pas seulement partie du club ; il fait partie du patrimoine affectif et moral de notre communauté. Si Robert force l'admiration, c'est aussi parce qu'il refuse de regarder le monde d'aujourd'hui avec la nostalgie du passé. Il est l'exemple absolu du positivisme et de l'accueil du changement. En 2016, nous raconte Alexandre Prautzsch, alors que le club débattait de la transition douloureuse entre le bottin papier traditionnel et la nouvelle application mobile, les résistances étaient vives. C’est Robert, alors nonagénaire, qui a clos le débat d’un geste mémorable. Se levant au milieu de l'assemblée, il a brandi son smartphone et a lancé : « Je ne comprends pas qu'il y a encore des gens qui veuillent le bottin, l'application est tellement supérieure ». Le silence qui suivit fut religieux ; plus personne n'osa jamais commander de version papier.
Merci Robert
Aujourd’hui, célébrer les 100 ans de Robert Clerget, ce n’est pas seulement honorer la longévité d’un homme. C’est célébrer une curiosité intellectuelle jamais rassasiée, une générosité sans faille et une fidélité de plus de cinquante ans aux valeurs de solidarité, de respect et d'amitié qui fondent notre club. Robert, tes réflexions permanentes nous guident, ton humour nous réjouit et ton énergie nous pousse à aller de l'avant. Merci pour ce que tu es, pour ce que tu donnes, et pour l'exemple que tu incarnes. Tout le Lions Club Genève te souhaite un merveilleux et vibrant centenaire.