Le Lions Club Genève aux côtés des Enfants Aidants

Soutenir les enfants aidants : telle est l’action sociale choisie par Monique Roiné, première femme à la présidence du Lions Club Genève. Dès son entrée en fonction, elle a placé son mandat sous le signe de cette cause qui lui tient particulièrement à cœur. Le déjeuner statutaire du 9 juin en a constitué un moment fort, marqué par la remise officielle de 49 337 CHF à l’Association Enfants Aidants. Autour de la table, l’ambiance mêlait chaleur et gravité, reflet de l’importance de l’engagement pris. Ces jeunes, trop souvent oubliés, vivent dans l’ombre d’un parent souffrant de troubles psychiques. Au-delà du geste financier, l’initiative revêt une portée symbolique : celle d’un mandat qui interroge notre regard collectif sur la vulnérabilité et la manière dont nous choisissons de l’accompagner.

Par Thierry DIME

La générosité comme acte de regard

L’Association Enfants Aidants, fondée en Suisse en 2020 par Florian Sallin et Muriel Vial, est née de parcours personnels marqués par la fragilité psychique d’un proche. Leur démarche vise à briser l’isolement de ces jeunes, à leur offrir des espaces de répit et à sensibiliser le grand public à une réalité encore trop méconnue.  

La thématique au cœur de la démarche de Monique Roiné trouve tout son sens dans une conviction simple : la dignité collective se construit dans l’attention portée aux fragilités invisibles, celles qui disent tout de notre humanité. En effet, l'enfant aidant est, par définition, invisible. Lorsqu'un parent est hospitalisé en psychiatrie, toute l'attention se porte sur lui, et personne ne demande vraiment à l'enfant venu lui rendre visite s'il a besoin d'aide. Cet enfant-là gère des factures, appelle des médecins, porte une charge émotionnelle qui dépasse l'entendement de son âge. Florian Sallin lui-même témoigne qu'à sept ans, il contrôlait déjà la médication de sa mère, appelait ses médecins, et composait le numéro des secours lors des crises. Une réalité dure à entendre, mais nécessaire à nommer. Ce que le Lions Club Genève a choisi de soutenir, c'est donc bien plus qu'une association : c'est un acte de reconnaissance. 

Les 49 337 CHF remis ce 9 juin sont répartis en deux axes complémentaires. Une première partie (19 337 CHF) permettra de financer des moments de respiration pour ces enfants, des activités où ils peuvent, l'espace d'un instant, se ressourcer et être pleinement enfants, sans la pression du quotidien. La seconde part du soutien, soit 30 000 CHF, permettra la réalisation d’un film de sensibilisation consacré aux enfants aidants. Destiné au grand public mais aussi aux professionnels de la santé et de l’éducation, ce projet vise à rendre visible une réalité encore trop souvent ignorée car ces adultes, enseignants, médecins ou travailleurs sociaux, côtoient parfois ces jeunes sans toujours percevoir la singularité de leur situation. Le film devient alors un outil pédagogique, capable de traduire en images ce que les mots peinent parfois à exprimer : la charge silencieuse que portent ces enfants, leur maturité précoce, mais aussi leur besoin de reconnaissance et de soutien. Le tournage est en cours et la première est prévue pour le 13 octobre prochain, une date qui marquera l’ouverture d’un dialogue nécessaire.

Pour une prise de conscience collective

Au-delà de la dimension artistique de ce film, il ne s’agit pas seulement de raconter des histoires individuelles, mais de provoquer une prise de conscience collective. En donnant chair et voix à ces parcours, ce film interroge notre responsabilité sociale : comment repérer ces enfants, comment les accompagner, comment transformer nos institutions pour qu’elles ne laissent plus ces fragilités dans l’ombre. Le Lions Club Genève, par ce financement, ne se contente pas de soutenir une initiative ponctuelle ; il contribue à la construction d’un récit qui peut changer les mentalités. Dans un monde saturé d’images, ce film a vocation à devenir un vecteur de reconnaissance et d’action, un miroir tendu à la société pour qu’elle accepte enfin de voir ce qu’elle préfère souvent ignorer.

Le geste du Lions Club Genève n’apporte pas une réponse définitive, mais il trace une voie. Celle d’une solidarité incarnée, qui ne se contente pas de soulager ponctuellement mais qui cherche à transformer le regard porté sur ces enfants. Dans cette démarche, le mandat de Monique Roiné prend une dimension exemplaire : il ne s’agit pas d’héroïsme, mais d’un engagement lucide et profondément humain.